Delphine de Vigan « No et moi »
« La gare d’Austerlitz, j’y vais souvent, le mardi ou le vendredi, quand je finis les cours plus tôt. J’y vais pour regarder les trains qui passent, à cause de l’émotion, c’est un truc que j’aime bien voir l’émotion des gens (...) Dans les gares, c’est autre chose, l’émotion se devine dans les regards, les gestes, les mouvements, il y a les amoureux qui se quittent, les mamies qui repartent, les dames avec des grands manteaux qui abandonnent des hommes au col relevé, ou l’inverse, j’observe ces gens qui s’en vont, on ne sait pas où, ni pourquoi, ni pour combien de temps, ils se disent au revoir à travers la vitre, d’un petit signe, ou s’évertuent à crier alors qu’on ne les entend pas. Quand on a de la chance on assiste à de vraies séparations, je veux dire qu’on sent bien que cela va durer longtemps ou que cela va paraître très long (ce qui revient au même), alors là l’émotion est très dense, c’est comme si l’air s’épaississait, comme s’ils étaient seuls, sans personne autour. »